^Les Rameaux

Blanquer
Blanquer

le 10/03/2008 à 18:13 Citer ce message

En Algérie, le printemps avait l'habitude de chasser l'hiver avant que celui-ci n'ait terminé son contrat et l'hiver avait beau tenter de résister en contestant cet outrage, le printemps vainquait toujours. L'hiver essayait bien par quelques supercheries et de sournoises dissimulations, de nous faire douter de son imminent départ: un petit coup de vent par ci, une petite averse par là, quelques nuages menaçants au-dessus de nos têtes... mais le coeur n'y était plus et la démarche restait timide. L'hiver tentait bien par quelques subterfuges et perfidies, gagner un peu de temps; ô! quelques jours auraient suffi pour qu'il crut à une victoire, seulement voilà! il échouait toujours. Alors penaud il reculait comme un chien peureux au poil jaunâtre et cédait sa place en bougonnant, suivi de ses acolytes les alto-cumulus et les cumulo-nimbus, les strato-cumulus et les stratus sous nos hués et nos rires.
Décidemment nous ne l'aimions pas, sauf peut-être sans le savoir, les enfants qui guettaient Noël.

Donc, le printemps sortait invariablement vainqueur de ce perpétuel pugilat annuel. Et donc, nous aimions le printemps que l'été tout proche pourchassait déjà. Les hirondelles ne tarderaient pas à réintégrer les nids abandonnés l'automne précédent. Elles se gaveraient sans scrupules d'insectes volants inconscients et distraits, en faisant le bec grand ouvert, des rase-mottes acrobatiques époustouflants dans les effluves enivrants des eucalyptus. Elle gazouilleraient, saoûles, jusqu'au soir jusqu'à la dernière limite du jour avant de repartir vers des contrées plus chaudes... Hé! Ho! ho!... ça va pas? "tié" pressé ou quoi! On en est qu'au printemps là... fils!
- Pardon.

Ainsi, chaque année à cette période, la fête des Rameaux précédait celle de Pâques; ce qui n'empêchait pas certains couples d'amoureux d'inverser ce cycle immuable , en "faisant Pâques avant les Rameaux. Pour les plus jeunes qui ne savent pas, demandez à vos parents. Ils vous expliqueront.
Ces deux fêtets où abondaient sucreries et chocolats, faisaient la joie des enfants.

A cette occasion dans la rue Polignac, le clocher de la petite église Ste Monique St Jean Bosco, résonnait du chant joyeux de Marthe-Elisabeth devenue depuis, Constance. La messe des Rameaux attirait de nombreux paroissiens du Ruisseau qui se pressaient portant dans leurs bras leurs progénitures, elles-mêmes portant à bout de bras des rameaux lourdement chargés de friandises.

En effet en Algérie, le rameau n'était pas qu'une simple branche de buis.
A cette époque, le rameau était fait d'un tube vertical en carton creux et rigide habillé de papier brillant de couleurs vives, duquel partaient horizontalement depuis son milieu vers son sommet, deux à quatre rangées de fines tiges métalliques faites de fil de fer. Chaque rangée de tiges métalliques était éspacée l'une de l'autre dans le sens de la hauteur, d'un demi-pâme environ. Pour chaque rangée, les tiges diminuaient de longueur ce qui fait que vu de profil, le rameau avait la forme conique d'un if. Chaque rangée , était elle-même constituée de quatre tiges qui vues de plan, formaient une croix. Comme les rangées n'étaient pas superposées symétriquement mais décalées les une par rapport aux autres, l'ensemble vu de haut ressemblait à une roue de vélo. L'objet était orné de papillotes et de rubans multicolores. Ouf!

Plus il y avait de rangées, plus le rameau était garni et tenu haut, et plus les parents étaient fiers d'étaler leur richesse du jour. C'était pour eux une petite revanche sur leur vie quotidienne pas toujours facile. Beaucoup de parents se sacrifiaient pour que ce jour là, leur enfant ait le plus beau rameau... hélas, il y avait toujours un plus joli rameau à l'horizon. Et inversement, moins il y avait de rangées et plus les rameaux étaient tenus bas et avaient tendance à se dissimuler des regards.
Le sommet du rameau était généralement piqué soit d'une magnifique pomme d'amour d'un rouge éclatant, soit d'une énorme orange confite. Sur chacune des tiges métalliques enrubannées, étaient suspendues des friandises et des sucreries: quartiers de fruits confits, chocolats, sachets de bonbons, nougat, berlingots bariolés...

Durant la messe, les parents tenant leurs enfants dans leurs bras regardaient devant eux vers l'Autel pendant que leurs enfants, eux, la tête tournée à l"opposé regardaient en les enviant les rameaux que tenaient les enfants de la rangée suivante, lesquels enfants de la rangée suivante, zieutaient de leurs yeux gourmands les rameaux de la troisième rangée et ceux de la troisième rangée mataient les friandises suspendues aux rameaux de la quatrième rangée, et ainsi de suite jusqu'à l'avant dernière rangée. ça n'était qu'à la dernière rangée, que les enfant regardaient droit devant eux... les rameaux de la rangée précédente, pendant que sous l'effet bien connu de la chaleur, les formes des sujets en chocolat, en se ramollissant se transformaient à vue d'oeil, et les sucreries non protégées par un papier étaient prises d'assaut par les mouches insolentes.
Les bras fatigués, les porteurs de rameaux davaient attendre la fin de la cérémonie pour enfin se régaler de chocolat qu'ils devraient partager avec quelques guêpes tout aussi gourmandes qui attendaient avec patience à l'extérieur que la messe se termine.

Bon! ce n'est pas le tout, il vous reste maintenant à déchiffrer ce galimatias et bonne fête à tous.






professeur
professeur

le 15/03/2008 à 19:42 Citer ce message

Joyeuses fêtes à tous ceux qui se partageront les rameaux d'olivier pour "Pâques fleuries",dernier dimanche du carême entame
le mercredi des cendres. Constance et Patience devront mettre une sourdine jusqu'à la semaine prochaine.
professeur
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le 16/03/2008 à 13:06 Citer ce message

"Pâques fleuries", c'est l'appellation de la Fête des Rameaux en Espagne, au Portugal et dans certaines régions de France. Ce nom provient des bouquets portés sur de longues tiges lors de la procession ou des fleurs dont les fidèles jonchaient les rues.
Dans d'autres pays,c'est la Fête des Palmes en souvenir de l'entrée de Jésus à Jérusalem où la foule l'accueillit en agitant des palmes, symbole de triomphe.
Dans tous les cas, les rameaux choisis pour cette célébration doivent être issus de plantes restant toujours vertes, symbole d'immortalité et de gloire. Selon les régions, ce sera du buis, du houx, du laurier des palmes ou de l'olivier.
(contribution de Jean-Claude, mon aîné)

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