Exode ou rapatriement ?

                                   Exode ou rapatriement...?

 

 

   Je m’engage sur le port d’ALGER, je ne connaissais pas trop ce lieu et pourtant  il fallait que je me sauve comme la plupart des personnes qui étaient là …des milliers et       des  milliers à attendre avec des amoncellements de sacs, de bagages de toutes sortes, des enfants, des hommes, des femmes de tous âges dans un brouhaha et qui attendaient de monter sur le bateau, qui était à quai

 Ma mère avait réussi à me faire avoir un fascicule de sortie du territoire : Elle s’était arrangée avec le Commissaire de police .Normalement il m’aurait fallu la signature de mon père ; mais, lui n'était plus la .

 Sur le port je rencontrais Michel GRIMALT, un ami et voisin de la Régie et qui comme moi voulait quitter ce pays ; mais, lui connaissait ce port comme sa poche, vu qu’il travaillait ici, il y avait aussi sa grande sœur qui partait également. Comme ça avec lui j’ai pu me frayer un chemin et réussir à monter dans le bateau ( le ville de Marseille ) si je me souviens bien. C’était le 22 ou 23 Juin 62.

 La veille je m’étais décidé car il y avait des gens des nouvelles Autorités du pays qui voulaient à toute force me faire faire un voyage sans retour, et je crois que je dois la vie à un Algerien  du quartier … ( la pire des choses qui puisse arriver ; c’est un enlèvement .. ! Rien de plus terrible pour la victime et surtout pour les proches qui, des dizaines d’années plus tard ne savent toujours rien ; donc j’embarque ! Le billet n’était pas très cher et je ne sais même pas si j’ai du le payer ; j’avais acheté avant de partir une valise en bois (  il ne restait plus que ça ), je l’ai payée 150 Frs ou 15000 centimes de l’époque. Elle était assez  lourde mais j’avais 17 ans et à cet âge on est en pleine force.

 Ma mère avait mis dedans deux slips, deux tricots de peau, un pantalon ( noir pattes d’éléphant ) ,un  gilet, et à l’intérieur  il y avait aussi trois baguettes de pain.

 Me voila dans un bateau surpeuplé .Je me souviens surtout du boucan que cela peut faire quand des milliers de personnes qui parlent, gémissent, crient, s’interpellent,

 Quand le bateau quitte le port d’Alger et longe les quais, jusqu’à ce que l’on ne distingue plus notre ville blanche ce qui m’a le pus frappé c’est le silence ! Un silence assourdissant, inouï, entrecoupé seulement de quelques sanglots.

 Les plus chanceux avaient des chaises longues. Avec Michel et quelques copains et copines on s’amusait à courir d’un pont à l’autre, visiter les entraves et papoter de choses et d’autres.

 Je n’ai pas dormi ce soir là, ni la veille non plus d’ailleurs ; en fin d’après midi on débarque à Marseille.

 Quelques mots de bienvenue  comme ( les pied-noirs à la mer ) étaient tagués sur les murs du port et je comprends maintenant, que les métropolitains,  vu ce qui s’était passé en 1944 où il y avait eu 160 .000 pieds -noirs représentant 16% de la population européenne d’Afrique ( la plupart d’origine européenne non française ) armé jusqu’aux dents qui étaient venus avec ferveur, traquer les nazis, accompagnés de 180.000 arabo- berbèro- africains représentant un peu moins de 1% de leur population et 300.000 américano-canadiens…Ils avaient peur que l'on ne leur tirent dessus avec nos valises .Mais comme toujour ils étaient mal informé par des medias hyper politisés. 

 Ce qui m’a le plus marqué en arrivant en métropole ce sont les C.R.S. qui nous attendaient armés comme il se doit. Je me souviens surtout qu’à l’époque je croyais qu’ils allaient tous nous tuer ; ce qui peut se passer parfois dans la tête d’un enfant de 17 ans ! C’est vrai qu’a l’époque à Alger, les gendarmes nous tiraient dessus à la 12-7 si on s’approchait trop prés de la fenêtre. J’ai su par la suite que certains gendarmes et surtout les barbouzes ramassaient les jeunes pieds-noirs et les livraient aux tortionnaires locaux.

 On débarque donc à MARSEILLE, cette ville d’ordinaire si accueillante et cosmopolite où d’ailleurs quelques bénévoles  de la Croix rouge, nous ont accueillis;  mais trop peu nombreux malgré tout.

 Je me souviens aussi  avoir donné à une femme qui s’était sauvée sans rien emporter d’autre  que son bébé et sa vie, de l’argent pour qu’elle puisse acheter du lait à son bébé ; le prix d’un tube de lait NESTLE qui coûtait à l’époque 152 centimes.

 Avec Michel, qui allait  sur Paris, et moi sur  Toulouse où mes parents originaires du lieu avait de la famille, j’avait un oncle, demi frère de mon père, qui était maire d’un petit village de Haute Garonne ; Montgaillard , un brave homme âgé qui vivait dans une ferme  très pauvrement avec son épouse . De très braves gens qui avaient perdu leurs fils unique et depuis attendaient de le rejoindre dans un entier dénuement.

 A la gare de Marseille, la Croix -rouge me fournit un billet de train pour Toulouse et en attendant le départ on s’est promené dans Marseille .Je suis arrivé à Toulouse dans la soirée et je me rappelais que, quand j’étais jeune, on avait l’habitude, avec mes parents de loger à l’hôtel du Commerce. Donc, après avoir vu les horaires du car pour Montgaillard, j’ai pris une chambre 10 Frs; c’est drôle que les prix me restent en mémoire surtout que j’avais pour l’époque une belle somme 300 Frs ou 30.000 centimes A l’hôtel, je demandais de me faire réveiller à 6 heures.

 Le car partait à 7 heures, il me restait quelques heures pour dormir ( environ 5 ou 6 h mais, si je ne dormais pas beaucoup ; une chose de sure , c’est que je n’avais pas mangé depuis mon départ d’Algérie et je n’en éprouvait pas le besoin ; les 3 baguettes étaient toujours dans la valise.

 Le lendemain,je pris le car pour Montgaillard le chauffeur me laissant à une bifurcation il me fallait faire environ 4 à 5 kilomètres ;éventuellement le car repasserait par là dans quelques heures.

 Je m’enfonçais dans ce chemin qui montait vers le village avec ma valise en bois, la plupart du temps sur la tête.

 Lorsque je pénétrais dans le village je demandais après mon oncle ; vu qu’il était Maire c’était facile mais personne ne le connaissait (je sus après que je m’étais trompé de village, et qu’il fallait aller à Montgaillard sur Save, et ce n’était pas là) donc je repris le sentier et j’attendis le car sur son chemin de  retour.

  Ensuite, je suis retourné à Toulouse et, quoi faire ? Heureusement j’avais l’adresse de mon ami  Vincent FERRANDO, qui habitait depuis quelques mois à Grenoble.

 Donc je repris le train pour Grenoble où, j’ai été accueilli chaleureusement  par la famille de Vincent.

 Je me souvient avoir mangé et ensuite dormi presque 48 heures.

 Quelques semaines plus tard, j’écrivais à ma sœur, qui était arrivée entre temps chez mon oncle, elle est venue me chercher à la gare de Toulouse c’était le 14 juillet 62.

Ensuite de quoi les choses sérieuses commençaient,et cela sera une autre histoire , il faudra se battre et travailler pour se faire une place dans cette jungle de KIPLING.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Commentaires (60)

Cyril TRUMPFS
  • 1. Cyril TRUMPFS | 10/07/2009

Ah !!! Revoir ALGER. Sur invitation d’une famille ALGERIENNE J'aimerais bien revoir ma ville.
Mais ma femme à trop de mauvais souvenirs de mon engagement après les ( u t ) en 1961 Que de drames des
deux communautés. Notre fille en sécurités dans le sud ouest de la FRANCE après l'attentat manqué sur ma personne
ma fille à coté de moi, à la sortie de l'école.Il fallait mettre notre fille en sécurité. Ma femme Ginette travaillais à
l' état major de l'air ( 5ème région là REDOUTE ) ;en sortant de son travail , avec deux amis enlèvement ; poursuites par une
patrouille de l'air ;panique des ravisseurs,abandonnons les trois femmes .L'indépendance , ma femme réquisitionner .
Secrétaire administratif devait assurer ses fonctions comme un officier,ou déserter .Ma femme et le personnels en
sécurité , sous la protection ( DE BEN BELLA ); MOI si j'étais rester à ALGER Je ne ferait pas ce récit,
A mon arriver à MARSEILLE sans travail sans maison, une brasserie prés de la bourse,été notre lieu de rendez-vous;
La brasserie le patron un pied noir;plusieurs matelas dans le sous sol,c,étais vraiment la débrouille;
Dans un bar de la place de L'OPERA trois amis furent abattus par des tueurs du F L N ;
Par des lettres rédiger par ma femme au gouverneur militaire de PARIS le général DEMETZ Parachutiste en 1944 1945
J'étais son chauffeur alors qu,il étais chef d'état major du général DE LATTRE DE TASSIGNY...
Puis une autre lettre au général MARTIAL VALLIN chef D'ETAT MAJOR DE L'AIR 1962 SOUS DE GAULLE.
Une autre lettre au président des parachutistes SAS HENRI DEPLANTE 3 éme RCP mon régiment en grande Bretagne;
2 mois dans l'attente, puis une convocation au ministère de la guerre, chez MESSMER. Une autre au INVALIDE le
gouverneur militaire DEMETZ .La mutation de ma femme c'est faite téléphoniquement pour ma femme 4éme ETAT MAJOR
DE L'AIR à AIX EN PROVENCE pour moi CENTRE D'ESSAIS EN VOL à ISTRE .

Mais rien ne me fera oublier mon pays ..... BONSOIR BIEN AMICALEMENT CYRILLE

YOLANDE
  • 2. YOLANDE | 18/02/2009

BONJOUR A TOUS. JE VAIS VOUS RACONTE MON ARRIVEE A MARSEILLE LE 23 DECEMBRE 1961, JE N'AVAIS QUE 17 ANS. MON PLUS TRISTE NOEL, INNOUBLIABLE. MON PERE ETANT NAVIGATEUR, NOUS AVAIT EMMENE CHEZ UN AMI DE TRAVAIL, QUI HABITAIS SUR LE PORT. MON DIEU QUE DE LARMES, NOUS PENSIONS A NOTRE SOEUR,SON MARI ET LA PETITE QUI N'AVAIT QUE QUELQUES MOIS, AINSI QUE LE RESTE DE LA FAMILLE. Mon PERE VOYANT NOTRE ENORME CHAGRIN, PRIT CONTACTE AVEC UN AUTRE AMI DE TRAVAIL( BOSCO SUR LE VILLE D'ALGER) POUR LA LOCATION DE SA PETITE VILLA DE 2 PIECES, CUISINE ET SALLE DE BAIN, QUI SE TROUVAIT A ALLAUCH, TRES BEAU PETIT VILLAGE, MAIS PAS TROP BIEN ACCEUILLIE PAR LA JEUNESSE. HEUREUSEMENT QUE NOUS ETIONS QUELQUES FAMILLES PIED NOIR, NOUS AVONS VITE FAIT CONNAISSANCE ET NOUS AVONS FORME NOTRE PETITE ALGERIE A NOUS, TRES BONNE AMBIANCE, MAFGRES NOS COEURS BRISES. ENTRE TEMPS, NOUS AVONS ACCEUILLIE, NOTRE FAMILLE QUI ETAIT MUTE AU QUATRE COINS DE LA FRANCE, NOUS NOUS SOMMES RETROUVE (22 PERSONNES DANS CES 2 PIECES, LA PROPRIETAIRE DEVENAIT FOLLE, SURTOUT LE SOIR, NOUS ON S'EN RENDAIT PAS COMPTE QUE L'ON PARLER FORT, COMME CHEZ NOUS, ET VA FAIRE ARRETER LES RIRES DES GRANDS ET LES CRIS DES ENFANTS, HO! LA PUREE DE NOUS AUTRES QUAND EN Y PENSE.LE PLUS RIGOLO, C'ETAIT LE SOIR AU COUCHER, TOUS CES MATELAS PARTERRE, LES UNS A COTE DES AUTRES, NOUS DORMIONS LES FENETRES OUVERTE, POUR NE PAS S'ASPHYXIER, PAR LES GAZS, DES PETITS ET DES GRANDS. MALGRES TOUT, CA REST DE BONS SOUVENIRS. VOILA, JE VAIS ARRETE LA, CAR NOS VIES A TOUS SONT DES ROMANS, IL FAUDRAIT DES ENORMES LIVRES POUR TOUT RACONTER. JE VOUS DIS A BIENTOT. SINCERES AMITIES. YOYO DU RUISSEAU.

juliette
  • 3. juliette | 23/11/2008

Allez 5 minutes de rigolade pour passer cet après-midi de dimanche. Et oui comme tout bon retraité j'ai repassé cet après-midi. Vous croyez que je n'aurais pas pu le faire dans la semaine? c'est vrai "les vieux" on embête toujours les jeunes en ne faisant pas les choses au moment où il le faudrait. A part çà je vais vous dire, mais ne vous moquez pas trop de moi : jeune, perdue avec deux bébés à charge (puisque mon mari n'est venu me rejoindre que 8 mois plus tard) j'arrive à Vergèze et je demande où se trouve le marché. On me répond à tel endroit le...(je ne sais plus) de chaque semaine, mais vous avez un casino sur la place. Dans ma pauvre tête je me dis" qu'est-ce que je m'en fous qu'il y ait un casino! est-ce que je vais allez y jouer? et avec quel argent?" Non ne riez pas, je ne savais pas qu'un magasin s'appelait comme çà. Les années ont passé mais j'y pense toujours. Heureusement que je n'ai pas répondu çà à la personne qui me donnait le renseignement. Pour de vrai je serais passée pour une PN retardée. Bonne fin de semaine. Amicalement Juju

Gérard
  • 4. Gérard | 17/11/2008

à JC SERER,
Bonsoir,
Moi aussi j'y suis allé de mon petit commentaire sur le site que tu m'as donné.Merci à toi.
Amitiés

JC SERER
  • 5. JC SERER | 15/11/2008


C'est sur, il y a encore du boulot...
Faut dire que dans la désinformation, certains sont champions.
Ainsi je suis en train de lire un livre sur l'Algérie qui s'intitule"c'était notre terre" de Mathieu BELEZI. je pensais passer un moment agréable, mais en fait je pique des colères. Ce type n'a jamais mis les pieds en Algérie, de notre époque, et son bouquin est bourré de clichés. Il y a des tas d'invraisemblances, et, ce qui est plus grave , des inexactitudes. Ainsi ce monsieur évoque des panneaux qui seraient apposés sur certaines plages ainsi rédigés:" Interdit aux arabes, aux chiens et aux juifs". où a-t-il péché cela? Je tiens à sa disposition des photos où nous sommes en bandes, sur la plage de la Vigie, PN et arabes mélangés...
Ce sont de telles lectures, et inepties, qui font qu'aujourd'hui, encore notre communauté est mise au banc des accusés...
Aller, A+ et bon dimanche quand même!

JC du Stade

Juliette
  • 6. Juliette | 15/11/2008

L'année passée mon voisin, un orananais, s'est fait insulter par la voisine qui a son pavillon entre nous deux. Il était sur une échelle entrain de tailler ses cyprès et cette dame, qui pourtant est mariée avec un algérois, a pris son tuyau d'arrosage et l'a aspergé d'eau. Lui s'est mis a crier "hé je suis là" ce à quoi elle a répondu " vous vous êtes fait jeter de là-bas et maintenant vous venez nous em.. ici". C'est incroyable et je suis sûre que sa lavette de mari n'a rien dit, à moins que dans l'intimité???

JC SERER
  • 7. JC SERER | 14/11/2008


Lu aujourd'hui dans le journal" aux échos d'Alger" qu'un de nos compatriotes, plus de 45 ans après notre arrivée sur le sol français, s'est encore fait traité de "SALE PIEDS NOIRS" par un de ses voisins!!! Il a porté plainte pour injures racistes. Il a fort bien fait! C'est sur que le temps est dépassé de, comme cela m'est arrivé, leur balancer notre poing au travers de la figure; quoi que...
Il y en a qui n'ont toujours rien compris, ou qui, comme le dit le rédacteur de l'article, ne nous pardonnerons jamais d'avoir souvent mieux réussi qu'eux...

A+

JC du Stade

Amijane
  • 8. Amijane | 27/09/2008

Bonjour Jean-Claude ... si j'ai heurté quelqu'un, qu'il veuille bien m'excuser, il n'y a, dans mes propos, rien de volontairement blessant..." Ca ne te rappelle rien? (je rigole! ou plutôt je ligole comme dit mon petit fils!)
Amitiés d'une enfant de la Régie.:51

SERER Jean Claude
  • 9. SERER Jean Claude | 25/09/2008


Amijane
Merci pour ta citation, elle est à méditer...
Jean Claude du Stade...

Amijane
  • 10. Amijane | 24/09/2008

A Jean-Claude SERER
Bonjour JC merci pour la traduction je crois que je vais me souvenir du mot "cocotier" car il est vrai que dans le monde où l'on vit actuellement il y en a "BEAUCOUP".
"Rancoeur et Amertume"il est certain que ce sont des sentiments que nous ressentons tous au fond de nous mais comme le dit sagement ma soeur aînée "la page est tournée". Moi je suis plus catégorique qu'elle et j'ai préféré carrément refermé le livre car les pages contenaient beaucoup trop de rancoeur et d'amertume!
je vais te citer une phrase elle n'est pas de moi elle est de Sacha Guitry : "il est bon de lire entre les lignes cela fatigue moins les yeux"!
Amitiés d'"Une enfant de la Régie"

SERER Jean Claude
  • 11. SERER Jean Claude | 23/09/2008


OK Amijane, je traduis
Comme le disait Juliette une Wassingue est notre bon" chiffon du parterre".
Le fil de ronce: du fil de fer barbelé.
Prendre à taille: prendre le bouleau comme il vient, sans faire de choix.Du guerret: c'est après avoir pioché, casser les mottes de terre et en faire une fine couche de terre.Ceux sont des expressions glanées en Normandie et dans le Poitou.
A la Réunion on dit de quelqu'un: tiens il bouge encore! lorsque se manifeste un personnage qui avait fait parler de lui, ou connu, et qui après une longue absence, se manifeste à nouveau. Pour le cocotier, on dit cela de quelqu'un qui se mêle de critiquer et qui et qui en fait est lui même très critiquable, et cela lui revient sur la figure en boomerang. On voit cela tous les jours dans notre société...
Voilà.
Pour mon deuxième message,le 41, je ne voudrais pas que les mots "rancœur et amertume" soient mal interprété. A aucun moment je n'ai voulu froisser qui que ce soit.C'est le cœur serré que j'ai lu ces témoignages poignants, plein de vérités, et j'ai cru y déceler justement de la rancœur et de l'amertume, ce qui me parait tout naturellement découler de ces tristes moments.
Si j'ai heurté quelqu'un, qu'il veuille bien m'en excuser, il n'y a dans mes propos rien de volontairement blessant.

Amijane
  • 12. Amijane | 23/09/2008

bonjour Professeur
Puisqu'il n'y a pas de nom pour eux alors dorénavant je les appellerai "les enfants de la Régie".
Bien reçu ton message mais il y a encore une question à laquelle tu ne m'as pas répondu? j'attends ta réponse. Amicalement. MJ "une enfant de la Régie" et fière de l'être!

professeur
  • 13. professeur | 22/09/2008

Bonsoir Amijane,
Peut-être qu'on ne les appelait pas, mais qu'on les hélait ou qu'on les sifflait d'autant qu'il y avait dans le quartier, des grandes geules et des siffleurs virtuoses en pagaille.Bises.

Amijane
  • 14. Amijane | 22/09/2008

à Jean-Claude SERER
Salut Jean-Claude je donne ma langue au chat pour ton message du 17/9 n° 38
j'ai beau me creuser les méninges mais y a rien à faire je ne vois pas ce que ces expressions peuvent et veulent bien dire.
Je te laisse le soin de nous éclairer. Merci!
Au fait il y a quelques temps de ça j'ai demandé au Professeur de me dire comment on appelait les habitants de la Régie il a même lancé un appel sur le site mais je vois que personne ne se bouscule au portillon alors je le demande à nouveau : COMMENT APPELLE-T-ON LES HABITANTS DE LA REGIE? j'avoue que je ne le sais pas

Amijane
  • 15. Amijane | 22/09/2008

bonjour Juliette que je ne connais pas

C'est pas grave : ...n'a pas toujours été! ou... n'a pas toujours était! l'essentiel c'est qu'il n'était pas toujours sympa et qu'on a quand même bien compris ton message c'est vrai qu'on disait WC (double V) mais elle avait un peu les neurones dans la gélatine ta cliente !!!

juliette
  • 16. juliette | 20/09/2008

Monsieur le professeur veux tu m'excuser j'ai écrit "n'a pas toujours était" je vais faire mon méa culpa!!

juliette
  • 17. juliette | 18/09/2008

Si le patron n'a pas toujours était sympa on a quand même bien ri. Et puis il faut que je vous raconte cette anecdote. Je demandais à une cliente de me décrire la maison qu'elle vendait (j'étais clerc de notaire)et je lui dis vous avez un WC elle répond non le mien il est simple. Mon patron qui avait envie de rire me dit : alors Madame Esteve pourquoi vous posez des questions comme çà? Et je passe sur certains noms de clients, on se demandait où on avait pu les trouver.

Amijane
  • 18. Amijane | 18/09/2008

... bravo...

Amijane
  • 19. Amijane | 18/09/2008

pour continuer sur la lancée de Juliette que je ne connais pas je vais lui en dire de bonnes sur les collègues de bureau par ex; l'escalier en queue de limaçon (escalier en colimaçon) les gim (les jeans) les cols roulants (cols roulés) une vue avionnesque (vue d'avion)le caramaire (le canadaire) j'en passe ...
BRAVA A CE DOUANIER ALGERIEN dont nous parle l'Ami SERER

SERER Jean Claude
  • 20. SERER Jean Claude | 17/09/2008


J'espère que mon ton sur la plaisanterie n'a pas choqué certains sur ce forum, qui transpire l'amertume , la rancœur et la tristesse. Bien sur je partage le tout, bien que mon départ, en octobre 1962, n'ai pas été aussi dramatique que pour d'autres.
J'ai bien sur traversé des moments difficiles et comme beaucoup certaines réflexions sont toujours figées en moi. Je préfère me souvenir de celle de ce douanier Algérien, quand je suis retourné à Alger en 1985:" vous êtes Pieds noirs Monsieur? Alors bienvenu dans votre pays"!!!.
Bon courage à tous.

juliette
  • 21. juliette | 17/09/2008

Wassing c'est notre bon chiffon de parterre, on disait chiffon de parterre, de table, de poussière enfin c'était toujours un chiffon de quelque chose. AU bureau, mais je peux dire qu'il n'y en avait qu'une qui disait il faut serrer le vis. Avec mon mari ses copains de travail disaient les Ponts déchaussés au lieu des Ponts et chaussées. Ma voisine parle de "rosiers roses" et dit d'un autre voisin il a une hernie fiscale. Quoique cette dernière je pense plutôt que ce sont les études qui l'ont poursuivie.

Amijane
  • 22. Amijane | 17/09/2008

oui c'est vrai qu'au début il a fallu "décripter" entre : ce tantôt ( cet après-midi)un drôle (un enfant) le cumin (nous on disait le koumoun)une carpette (un petit tapis)vé (regarde)
dégun (personne)nous on disait aussi le bidon et le chiffon du parterre (ici on entendait le seau et la serpillière) enfin brefs il y en a d'autres mais pour le moment ça ne me revient pas. Quoi qu'il en soit c'est vrai qu'il nous a fallu un temps d'adaptation et on avait l'air bête lorsque l'on ne comprenait pas. Bonjour à tous.

SERER Jean Claude
  • 23. SERER Jean Claude | 17/09/2008


J'ai un peu roulé ma bosse en France et outre mer avant de prendre la retraite, aussi des expressions ou mots locaux j'en ai pas mal appris mais il y en a de marrants.
Allez qui peut dire ce qu'est une "wassingue" du "fil de ronce" "prendre à taille" du "guerret".Que veut dire l'expression "il bouge encore", ou"quand on veut monter au cocotier, vaut mieux avoir les fesses propres"(elle est connue différemment)?...
A vous lire.

JACQUES JACHETTA
  • 24. JACQUES JACHETTA | 17/09/2008

Salut tout le monde

Et le nom des poissons non ? Le merlan, le merlu, le merluchon, la seiche, la sépia, la bonite, la morue, j'en passe et des meilleures.
Idem pour le pain : la baguette, la flûte, le gros pain, le bâtard etc...
Sans parler des expressions : Je vais te faire montrer, je reviens ce tantôt ...

Déjà rien que le langage y changeait, en plus des mentalités et des coutumes, alors comment vous vouliez que ça marche tout de suite ?
Cela dit, maintenant, le plat préféré des Français c'est le couscous et les merguez.
Mais ça est-ce vraiment grâce aux Pieds-Noirs ?... ça c'est une autre histoire...

juliette
  • 25. juliette | 17/09/2008

Bonjour à tous! Pour moi quand je suis allée m'installer du côté d'Aubagne quand je demandais une livre on me répondait on dit un demi kilo, ce à quoi je répondais : du moment que vous avez compris je le dis comme je veux. Et aussi quand j'ai parlé de "poivre rouge" personne n'a su ce que je voulais, c'est ma soeur qui du ruisseau m'a envoyé une grosse boîte de leur "Paprika".

professeur
  • 26. professeur | 16/09/2008

...elle était confrontée

professeur
  • 27. professeur | 16/09/2008

Dans forum, au sujet de la terrasse, Sylvette nous rappelle une autre source d'incompréhension dans ce pays où nous débarquions. Je veux parler de cette pierre taillée en bassin et percée d'un trou, sur laquelle on fait ou on faisait la vaisselle: l'évier! A Marseille on dit :<<la pile>>.Chez nous,on employait systématiquement le vocable "potager" qui englobait l'emplacement du fourneau,le plan de travail carrelé de la cuisine pour y dresser les potages et l'évier, déjà en céramique.Dans le Sud-Ouest,il est plutôt fait état de la paillasse. Quand Anne-Marie parlait cuisine avec ses collègues de travail et qu'elle évoquait le potager,elle se heurtait à l'incompréhension, puis à la raillerie des autochtones.
Sur le marché,elle était aussi confrontés à cette forme d'ignorance.Chez le marchand de légumes,si elle commandait des cardes, la demande restait sans réponse immédiate jusqu'à ce qu'elle montre du doigt ce que le commerçant appelait des cardons: le cardon est la plante et les cardes sont ses côtes comestibles.
Chez le poissonnier,en Ile de France, il ne fallait pas demander des calmars mais des encornets pour être servi.
Chez Lantès ou chez Souciès nous achetions du petit salé. Ici,c'était du lard et là, de la poitrine fumée...
A quoi tiennent les signes d'intégration!

Amijane
  • 28. Amijane | 09/09/2008

Bonjour Prof!
C'est avec un réel plaisir que j'ai lu ton récit sur ta rencontre avec mon frère Jojo à Marseille.
Bonjour aussi à Blanquer ce qu'il dit est vrai il n'y a pas qu'à Marseille que les pieds noirs ont été mal reçus je crois que de partout, quelle que soit la direction que chacun a prise, que ce soit dans le nord, le sud, l'est ou l'ouest, tous ont été accueillis avec froideur et mépris mais ne dit-on pas qu'il y a des "cons" de partout!
Il est vrai aussi que Deferre n'a pas levé le petit doigt pour les pieds noirs , C'est vrai aussi que Marseille est une ville qui devient de plus en plus sale et pourtant je peux vous assurer que Gaudin essaie de faire le maximum mais à marseille les gens sont indisciplinés et il faudrait mettre un gendarme derrière chaque personne mais bon c'est peine perdue.
C'est vrai aussi qu'à Marseille qu'à certains endroits du centre ville (pour ne pas dire tout le centre ville d'ailleurs moi ça fait des années que je n'y ai plus mis les pieds) on se croirait en Algérie Bon je ne vais quand même pas critiquer Marseille, ma ville adoptive cela fait 44 ans que j'y suis.
c'est vrai qu'à Marseille on a aussi et quand même le soleil (y a qu'à voir la météo de partout il pleut sauf chez nous !) à bientôt à tous

Amijane
  • 29. Amijane | 08/09/2008

Oups!!!... quelle que soit la direction que chacun ait prise...

Blanquer
  • 30. Blanquer | 04/09/2008

S’il est vrai qu’en 1962 une grande partie des habitants de Marseille n’avaient pas de tendresse pour les « envahisseurs » que étions censés être, ce phénomène de rejet du Pied Noir n’était alors pas le privilège de cette ville et bien d’autres métropoles, villages, bourgs et lieux dits avaient à notre égard la même attitude et le même comportement d’hostilité. Aujourd’hui encore, mais seulement pour ceux qui n’ont rien compris ou ceux que cela arrange, nous sommes toujours d’affreux colons.

C’était en 1968 juste après le grand chambardement. Pour des raisons professionnelles j’ai vécu quelques mois à Marseille que j’ai adorée. Le jardin pris sur la mer « au pied » de la statue de Davis n’existait pas encore et la « pollution » décrite par Amijane, J. Jachetta et Juliette, n’avait alors pas encore entamée la beauté de cette ville. J’y suis bien retourné quelques fois et j’ai pu constater un début de dégradation. Mais je n’ai aucun mal à imaginer ce qu’elle a pu devenir depuis.


professeur
  • 31. professeur | 04/09/2008

<<Marseille,c'est toi Marseille...>>
Après quelques mois passés en Seine Saint-Denis,aux grandes vacances,comme tous les "Parisiens",nous aspirions à changer d'air et surtout à revoir notre famille installée près de la Bonne Mère et de la Méditerranée perdue de vue depuis l'exode.
Notre grand désarroi et notre petit pouvoir d'achat nous avaient éloignés de toute sortie, jusque là. Sur la Canebière,nous décidions cet après-midi là, de nous payer le luxe d'aller au cinéma.En plein été, la salle était peu fréquentée.Les rangs de fauteuils devant et derrière nous étaient vides. La séance avaient commencée depuis un moment quand,à l'aide de sa lampe de poche,la placeuse a guidé un spectateur dans notre rangée,juste à côté de nous. Dans le rayon de la lumière, je reconnus immédiatement l'ami Jojo Costaglioti(Que Dieu ait son âme). Je ne saurais vous dire quel film nous avons vu, tant nous avons tchatché passant en revue famille et amis. J'avais besoin d'aller chez le coiffeur et il m'avait donné l'adresse du salon de M.Terrol.Ce dernier m'avait indiqué où habitait son fils Lucien qui, un peu plus tard,s'associa avec Jojo pour tenir le bistrot du Pharo.Je ne sais qui m'avait dirigé vers le Vieux Port, au "bar des amis" tenu par M. et Mme Driguez et leur fils Jacky.Au comptoir je retrouvais Jeannot Leroux...Les contacts étaient renoués et d'autres retrouvailles nous attendaient pour nous réconforter dans notre triste sort.

juliette
  • 32. juliette | 03/09/2008

Au sujet de Marseille : je n'y suis allée que très rarement, quand je n'ai pas pu faire autrement. J'habite à 50kms. L'année passée avec ma fille nous y sommes descendues en train, car on ne sait jamais où se garer, pour nous habiller pour le mariage de son fils. Si vous voyez ce qu'est devenue la Canebière vous prenez vos jambes à votre cou. Ma fille m'a fait cette réflexion : "je ne me rappelle pas du tout d'Alger mais j'ai comme l'impression d'y être". C'est sale, les trottoirs en mauvais état et maintenant ils ont remis le tram en plein milieu. Je suis dans une petite ville de 42 000 habitants, ce n'est pas qu'elle me plait tant que çà mais j'y suis j'y reste.

Gérard
  • 33. Gérard | 02/09/2008

Tu n'aimes pas Marseille Jacques parcequ'ils sont devant Lyon cette année...
Mais je te rassure je suis de tout coeur avec toi.D'ailleurs depuis 62 je n'y suis allé qu'une seule fois(mais pas avec mon maillot du PSG quand même )
Amitiés et bisous à Nicole

JACQUES JACHETTA
  • 34. JACQUES JACHETTA | 01/09/2008

En lisant ce récit d'AMIJANE j'ai envie de dire haut et fort "Merci Gaston DEFFERRE", car j'ai lu des articles de journaux relatant des propos de ce Monsieur - je devrais dire de cette pourriture - qui étaient de la même veine que ceux ci-dessus envers nous les Pieds Noirs.
Surtout pour ce qu'il a fait de sa ville cet empaffé ! Quand on voit à quoi elle ressemble !
Heureusement pour moi, je n'ai pas du tout connu le même cauchemar en arrivant à Lyon.

Amijane
  • 35. Amijane | 30/08/2008

bonjour à toutes et à tous
j'ai quitté mon pays le 23 janvier 1962 avec ma mère et ma soeur nicole. On n'était que toutes les 3. le voyage sur le bâteau l'EL MANSOUR" (un nom prédestiné et qui nous était familier!ceux qui on connu mansour me comprendrons) s'est relativement bien passé sauf que moi j'ai été malade comme un chien je suis donc restée dans la cabine. Arrivées à marseille, lorsqu'on est descendues du bâteau, mon frère rené nous attendait avec jean claude salleles et ma mère a voulu acheter du pain dans une boulangerie et là,il y avait une grande pancarte sur laquelle était inscrit :
"PAS DE PAIN POUR LES PIEDS NOIRS"
je me souviens que ma mère s'est mise a pleurer mais à l'époque je ne comprenais pas très bien pourquoi,avec beaucoup de courage mon frère a essayé de la consoler en vain. Aujourd'hui je comprends beaucoup de choses et je comprends aussi les sentiments de haine qu'elle a pu éprouver pendant longtemps à l'égard des "patos" comme elle les appelés. nous avons donc pris le train et nous sommes arrivés au muy et là bien sûr il a fallu se faire accepter des gens du village qui voyaient en nous des colons plein aux as et qui exploiter les arabes. la seule femme qui nous a fait beaucoup de bien s'appelait madame RIZZO elle avait une petite épicerie et bien sûr elle nous faisait crédit aujourd'hui cette épicerie n'existe plus et lorsqu'il m'arrive de passer par là je pense à elle car pour nous cette femme a été un ange. bien sûr pour moi il a fallu reprendre l'école mais le premier jour de classe tous les enfants se sont moqués de moi et m'ont traité de sale pieds noir donc inutile de vous dire le souvenir que j'en garde. J'ai été traumatisée pendant de longues années et j'avais même peur de dire que j'étais pieds noir. Plus tard je suis partie chez mon frère vincent qui habitait annonay dans l'ardèche et j'y suis restée 3 ans. puis de nouveau retour auprès de ma mère qui entre temps se retrouvait à bordeaux toujours avec rené et jean claude salleles là je suis restée 2 ans. Ensuite je me suis retrouvée à marseille chez mon frère jojo là je suis restée jusqu'à l'âge de 17 ans pour après retourner encore une fois à bordeaux près de ma mère. l'histoire est encore longue mais j'arrête là. Peut être qu'un jour je raconterai la suite qui sait!!! tout ça pour pour dire que ce déracinement a perturbé toute mon enfance, mon adolescence et même plus tard ma vie en général.Je comprends beaucoup de mes ainés qui gardent au fond d'eux la nostalgie du payas car si aujourd'hui je devais partir du pays où je suis je crois que j'aurais beaucoup de mal à partir et a laisser tout ce que j'ai pu bâtir tout au long de ces années passées ici. une pensée à tous nos parents vivants ou peut être disparus. 26:

professeur
  • 36. professeur | 30/08/2008

...qui... ou QI défaillant?...c'est l'heure,je crois.

professeur
  • 37. professeur | 30/08/2008

...qi avait réalisé un si bel ouvrage.

professeur
  • 38. professeur | 29/08/2008

Selon le vieil adage <<seules les montagnes ne se rencontrent pas>>.
L'an dernier,j'avais entamé une étude de marché pour faire fabriquer et poser, sur mon balcon, un garde-corps de style provençal en fer forgé et sur mesures.
Après avoir pris connaissance de l'ébauche côtée que je lui soumettais l'artisan de ma commune me faisait savoir qu'il lui fallait se rendre sur place avant d'établir son devis. Rendez-vous fut pris avec M.Riéra qui m'adressa ensuite son estimation.Ce nom ne m'était pas étranger; mais ce patronyme était courant chez nous et puis cet homme était bien jeune.Intéressé par son sérieux et sa proposition, je retournais dans son atelier pour lui signifier mon accord. Et,là où je n'avais pas été attentif lors de ma première visite, je découvrais affiché sur la banque du bureau, la photo panoramique du Stade Municipal que nous connaissons bien. Une certitude s'imposa alors à moi, me permettant de lui demander s'il était apparenté avec Sauveur Riéra:<<c'est mon oncle, me répondit-il.>> Les nouvelles de toute la famille défilèrent et quelques temps plus tard, j'ai pu rencontré son père Jean-Pierre pour lui dire tout le bien que je pensais de son fils, l'artiste qui avait réalisé un bel ouvrage.

JACQUES JACHETTA
  • 39. JACQUES JACHETTA | 28/08/2008

Je ne savais pas que Noëlle Perna était Pied-Noir. C'est pour ça qu'elle a tant de talent ! Je l'ai vue deux fois à Sanary.

professeur
  • 40. professeur | 26/08/2008

Comme dirait Noêlle Perna,une pied-noir dite Mado la Niçoise:<<...je regrette les pieds ne sont pas bêtes!>>

Jacky
  • 41. Jacky | 16/08/2008

Un mot....! en lisant ces pieds de vers ; j'ai pris mon pied...;

professeur
  • 42. professeur | 16/08/2008

Pied à pied, Blanquer nous balade d'une rive à l'autre, fait les pieds en passant à ceux qui méritent un coup de latte et retombe sur ses pieds pour déclamer son ode à l'Amour de sa vie qu'il met sur un piedestal. Quel pied!

Gérard
  • 43. Gérard | 15/08/2008

tu nous as...

Gérard
  • 44. Gérard | 15/08/2008

Salut Blanquer,
Oh non, tu nous a pas cassé les pieds,car en fait c'est surtout une histoire de coeur.
Amitiés

Blanquer
  • 45. Blanquer | 15/08/2008



Les bombes qui explosent ici et là; les pieds des lampadaires qui volent en éclats de fonte meurtriers ; les T6 et les chars qui tiraillent ; un drapeau rougi ; les corps mutilés et les hurlements des blessés, des moribonds et les morts affalés …..
Entre la valise ou le cercueil, l’homme avait choisi la valise. Une misérable valise.

Juin 1962….
Au pied du monument aux morts, l’horloge fleurie marquait 13 heures.
En ce mois de juin l’été s’annonçait particulièrement chaud et le soleil embrasait la ville. Rassasiées de bien-être, les cigales craquetaient ; leur nombre avait envahi les pieds des arbres bordant les larges trottoirs dallés et dans un tohu-bohu indescriptible, les moineaux se chamaillaient comme ils savent si bien le faire. Les hirondelles lançaient leurs cris joyeux en se repaissant d’insectes étourdis et l’instant aurait pu être merveilleux voire bucolique, si les plages n’avaient été désertées et des voitures surchargées conduites par des gens apeurés ne fuyaient désespérément à vive allure vers le port maritime ou l’aéroport. Certains conducteurs klaxonnaient timidement l’air des casseroles. Les immeubles se vidaient comme une plaie ouverte.
Sur le trottoir, tenant chacun la main d’un enfant, un homme et sa femme marchaient d’un pas rapide à l’ombre des grands arbres. Ils se hâtaient vers leur nouveau destin et chaque nouveau pas gommait leur passé. Les deux enfants conscients des dangers environnants et habitués à eux, gardaient le silence. L’homme portait une valise contenant tous leurs biens communs ; à vrai dire peu de choses : un peu de linge, des photos, quelques bibelots sans valeur…. Dans la poche de sa veste toute sa fortune tenait en une mince poignée de billets. Il n’avait jamais possédé grand chose ni vécu sur un grand pied ; maintenant il n’avait plus qu’une main devant et une main derrière. L’homme quittait le pays où son bisaïeul avait le premier posé pieds, planté le premier pied de vigne et foulé aux pieds les premières grappes de Carignan, de Cinseault et de Merlot.

Haineux, ignominieux, orgueilleux, le Prince des parjures, celui qui avait compris… . d’un coup de pied au cul, venait de provoquer dans un désordre inexprimable, un exode inhumain.

Le taxi déposa le jeune couple à l’aéroport parmi la multitude hébétée et les vieilles valises bourrées à la hâte.
Bousculés, comme lobotomisés, tenant toujours fermement la main de leurs enfants ils se retrouvèrent poussés par le nombre au pied d’une passerelle. Vaincus, ils grimpèrent à bord de l’avion ; puis les quatre puissants moteurs en étoile Pratt & Whitney arrachèrent au sol l’assourdissant DC4 vibrant de toutes ses tôles qui s’éleva lourdement en gagnant des pieds et vira sur l’aile cap au Nord ; l’homme tendit son cou et colla son visage au hublot afin d’incruster dans sa mémoire la dernière vision du pays qui n’était plus le sien et déjà s’effilochait dans les nuages cotonneux…. pendant que sur l’autre rive, des naufrageurs sans honneur ni convictions, des opportunistes, des pieds nickelés cupides et malfaisants, se préparaient à «remplacer» ceux qui partaient. Ils trépignaient d’impatience les bougres ! Ils allaient rejoindre là-bas la poignée de Pieds Verts.
A 12.000 pieds au-dessus de la Méditerranée, le DC 4 emportait sa cargaison de malheureux aux pieds noircis. L’homme regarda tendrement son épouse maintenant assoupie et ferma les yeux en songeant à leur première rencontre…

« …C’est près de son petit pied-à-terre, un modeste appartement de plain-pied situé au pied d’un grand escalier à deux pas du restaurant : «Au Pied d’escargot» où il prenait quotidiennement ses repas, qu’il avait rencontré sa bien aimée.
Ce jour là, dès qu’il posa le pied sur le pas de la porte, il ne vit qu’elle ; et, si Botticelli avait été de ce monde, il aurait sans aucun doute peint cette beauté en pied. Seule, assise à sa table -celle qu’il s’était par habitude attribuée-, elle était vêtue de la tête aux pieds avec une élégance naturelle et raffinée d’un tailleur en pied de poule ; ses petits pieds chaussés de fins escarpins, elle savourait un appétissant pied pané. Il s’approcha de la sublime jeune fille et lui demanda la permission de s’asseoir à sa table ; Permission accordée, il s'installa maladroitement en se cognant les pieds aux pieds de la table tout en évitant de lui faire du pied de crainte qu‘elle ne leva le pied. Il commanda à son tour au garçon atteint d’un pied bot qu’une « bonne » fée avait d’un coup de baguette magique déposé à ses pieds dans son berceau, douze pieds de cheval et un pied de mouton vinaigrette.
Tétanisé par la beauté de son vis-à-vis, il s’aventura en s’emmêlant les pieds dans des propos sans queue ni tête à la conquête de l’éblouissante créature qui par jeu le laissait s’empêtrer les pieds, et, lorsqu’il perdait pied, en souriant et sans qu’il ne s’en aperçut, elle le remettait sur pieds. Il ne put durant tout le repas, détourner son regard de cette belle jeune fille bronzée, aux mains si délicates qui portait à ses lèvres avec une grâce infinie, le haut verre à pied brillant de mille éclats. Il fit des pieds et des mains pour prolonger cet instant magique qu’il aurait voulu ne jamais voir se finir… Il aurait tant aimé lui offrir un bouquet de roses ou de pieds-de-lion ou de pieds-d’alouette ou bien encore de pieds-d’oiseau ou de pieds-de-chat… ce n’était hélas pas la saison .
De pieds panés en pieds de cochon, de pieds de cochon en pieds-de-veau, de pieds-de-veau en pieds-de mouton et de pieds-de-mouton en pieds-de-cheval et en pouces-pieds, ils prirent l’habitude de se rencontrer et de flâner à pieds, main dans la main. Les pieds chaussés de ballerines, elle avançait gracile, le pied léger. Alors qu’il la raccompagnait un soir jusqu’au pied de son immeuble, il s’adossa au piédroit de l’entrée, prit son courage à deux mains et, ne sachant sur quel pied danser et se balançant d’un pied sur l’autre, il mit les pieds dans le plat et lui déclara son amour qu’il déposa à ses pieds. Le délicat baiser qu’il reçut en retour le fit bondir sur ses pieds, il se jeta à ses pieds….. et… ils se marièrent. Il installa sa bien aimée sur un piédestal duquel jamais plus elle ne redescendit ».

Juin 1962 …. Fin d’après-midi :
La brusque secousse du train d’atterrissage sortant de ses logements ramena l’homme à la dure réalité. Le bruyant DC 4 sortit des nuages bas, perdit plusieurs pieds et se posa en soulevant des gerbes d’eau. Il roula en pétaradant jusqu’au tarmac puis « l’Exodus » aérien s’immobilisa en grinçant sous la pluie fine, insistante, froide…
Inquiets et hagards, tous débarquèrent et se regroupèrent au pied de la passerelle semblables à un troupeau effrayé, serrant contre eux leurs enfants apeurés et leurs vieux parents terrifiés ; puis le troupeau se dirigea à pieds vers l’aérogare. A l’exception de ceux nombreux qui comme lui, avaient quelques années auparavant vêtus de kaki, casqués et lourdement armés, posé leurs pieds de ce côté-ci de la Méditerranée sous les vivats d’une population enfin libérée, peu avaient eu l’occasion de visiter cette France qu’ils aimaient tant et qu’ils ne connaissaient que par les grandes cartes cartonnées de géographie souvent muettes, suspendues près du tableau noir dans les salles de classes et sur lesquelles ils avaient dû identifier et nommer des villes, des fleuves, des rivières, des montagnes … pendant que la cour de l’école inondée de soleil… aïeeee!… un véritable calvaire!…

Mais cette fois sans fusil ni barda, on l’accueillit à contre-pieds. On ne voulait pas de ce troupeau aux pieds sombres… Pas d’accueil. Pas de « cellule psychologique » ! Rien !… Allez oust !… dégagez !… Cette une mise à pied, jamais il n’oublia.

On le traita en étranger. On le somma de lever le pied, de ne pas mettre les pieds ici. On le traita de va-nu-pieds. Lui ne savait ni n’avait où aller…. Tant pis !… allez au Diable !… C’était pourtant bien les mêmes pieds qui autrefois chaussés de brodequins ……
Dans le hall de l’aérogare, le lot de désespérés aux pieds foncés, trempés de la tête aux pieds, les épaules affaissées défilaient sous les regards torves des douaniers.
Humilié l’homme baissa les yeux, serra les poings et se tut quand un douanier méprisant, le képi de guingois, exhalant des relents de bière faisandée et le toisant de la tête aux pieds fouilla sa misérable valise… seulement pour le plaisir. Le petit éclat de métal allemand locataire de sa hanche depuis une froide matinée d’hiver 1944 à Cassino réveilla brutalement la douleur endormie :
« Jeune soldat engagé volontaire et n’étant pas un pied plat, il avait servi dans les troupes à pieds. Sur le pied de guerre, harnaché de pieds en cap, il avait avec son régiment de marche embarqué sur un transport de troupes et traversé la Méditerranée. Il découvrit sur une mer mouvementée, qu’il avait le pied marin. Ses copains s’appelaient : Pierre, Luigi, Yolo, David, Mouloud, Pascal … Loin de chez eux, épaules contre épaules, dans le froid et l'angoisse, ils prirent pied un jour d’été 44 sur une plage inconnue de Provence. Ils traversèrent à pieds des régions et des villes dévastées en chantant « les africains »; on les fêtait, on les embrassait, on les célébrait….
Sans ne jamais traîner les pieds, ils marchèrent les pieds serrés dans des brodequins au cuir durci par la pluie et la neige; les affûts des mitrailleuses : de lourds trépieds martyrisaient leurs dos ; ils marchèrent contre l’ennemi derrière la ligne bleue des Vosges visible depuis Colombey-les-deux-églises ; ils se battirent farouchement sans ne jamais rester l’arme au pied, pied à pied contre un ennemi aux pieds bottés. Ils combattirent sans lâcher pied sur un même pied d’égalité puis ils revinrent modestement en sens inverse, moins ceux, morts au combat et enterrés là-bas six pieds sous terre, comme l’avaient fait avant eux leurs grands-pères et leurs pères. D’autres à peine plus chanceux, avançaient à cloche-pied prenant appui sur de sinistres béquilles de bois au pied garni d’un embout noir ; ils clopinaient sur un pied pas encore noir, l’autre étant resté quelque part de l’autre côté, déchiqueté. Ils débarquèrent les poitrines médaillées ; parfois une manche flottait là où le bras manquait. La guerre était enfin finie».

Abandonné à lui-même, le troupeau égaré aux pieds foncés se dispersa aux 4 vents sur un territoire inconnu, souvent hostile.
Amère, l’homme laissa derrière lui ce jour pluvieux de juin 1962, l’aéroport noyé de pluie et posa le pied sur le marche-pieds d’un vieux car en partance pour nulle part. Il aurait pu aller n’importe où ! à Pied-de-Borne ou à Saint-Jean-Pied-de-Port ou encore à Piedicroce … mais il n’avait nulle part où aller. Personne ne l’attendait.

Il fut méprisé, insulté, sali… par des lâches oublieux , par des « chanteurs » châtrés et pitoyables, par des « artistes » inconsistants au talent déficient, par des « journalistes » abjects à la pensée corrompue, par des plumitifs tout aussi ineptes, et aussi par des historiographes à la botte. Et quand on parlait de lui c’était par la couleur des ses pieds et lui, les yeux baissés et les bras ballants, il regardait ses pieds sans comprendre. Il dut garder les pieds sur terre ; faire des pieds et des mains pour trouver un petit pied à terre ; affronter de pied ferme les coups de pieds au cul et se taire. Il sauta à pieds joints dans sa nouvelle vie ; piétina pour trouver un emploi. Sans jamais lâcher pied, sans personne pour lui mettre le pied à l’étrier, il travailla d’arrache pied. Bon pied bon œil il avançait à pas comptés sans ne jamais rester les deux pieds dans le même sabot. Il ne vivait pas sur un grand pied et en avait plein les pieds mais jamais il ne leva le pied. Il s’accrocha sans lâcher pieds. Longtemps il marcha sur la pointe des pieds pour ne pas se faire remarquer. Pour ne pas se faire remarquer il resta dans ses petits souliers. Il évita de mettre les pieds où il ne fallait pas. Il lutta de pied ferme quand les portes se fermaient. Il fit le pied de grue dans le froid et le vent sans jamais perdre pied. Il franchit à pied sec les eaux fangeuses. Il traversa toujours les deux pieds dans les clous. Il évita de se prendre les pieds dans les pièges. On le traita de colon. On lui parla de verre d’eau… de sueur… de burnous… et encore de verre d’eau ! On lui faucha l’herbe sous les pieds…. Lui continua d’avancer en posant un pied devant l’autre sans ne jamais faire les pieds au mur ; il ne fut non plus jamais valet de pied.
Il eut souvent une pensée pour son père, qui jeune lieutenant d’infanterie avait laissé un pied bien blanc dans le trou noir d’une tranchée de la Marne -où il n’y avait pas que du champagne- et lui avait souvent répété: « regarde où tu mets tes pieds mon grand ! regarde où tu mets tes pieds….
On ne parlait jamais de lui, sans nommer ses pieds.… ça en devenait obsédant ! c’était pourtant bien les mêmes pieds autrefois chaussés de brodequins qui……
Sur la longue route hexagonale, il rencontra aussi Dieu merci, beaucoup d’humanité, de compassion et de mains tendues; suffisamment en tout cas pour avancer d’un bon pied.

Qu’il était loin ce mois de juin 1962 ! Les années l’avaient un peu voûté et l’homme avançait à grands pas quand une douleur subite, aiguë, partant de la pointe du pied jusqu’au coup de pied le surpris et le força à s’asseoir sur un banc au pied d’un marronnier. C’était l’heure où le soleil en traçant de longues ombres violacées, aux pieds des immeubles, faisait un pied de nez au jour qui ne tarderait pas à lever le pied. Certes il n’était plus tout jeune, mais là… il était pieds et poings liés, aussi fragile que l’homme aux pieds d’argile. Décidément depuis quelque temps ses pieds lui jouaient des tours; ses pieds piétinaient ; ses pieds le mettaient à l’index ; ses pieds mettaient les pouces ; ses pieds le mettaient au pied du mur, certains que ça lui ferait les pieds. Ses pieds en avaient par dessus le tête !

A dire vrai, il n’avait jamais réellement pensé à ses pieds. Il avait toujours jugé que ses pieds étaient faits pour le porter…un point c’est tout. C’est vrai quoi !… il n’avait jamais eu pour ses pieds, d’attentions particulières ni la moindre sollicitude; il n’avait jamais pensé que ces deux pieds méritaient un peu de considération! S’était-il seulement rendu compte que ses pieds avaient un jour brutalement changé de couleur ?… non. On lui avait dit que désormais ses pieds étaient noirs et la chose fut entendue. D’ailleurs ses pieds eux-mêmes s’étaient interrogés sur ce changement de pigmentation, et l’homme avait été incapable d’expliquer à ses pieds cette soudaine métamorphose.

Ses pieds… ses compagnons de route dont il se servait sans y réfléchir, maintenant l’abandonnaient. Ses pieds se vengeaient de l’indifférence qu’il avait toujours eu à leur égard. Ces pieds qui le portaient depuis son premier pas avaient toujours été modestes. Ils étaient toujours restés discrets et dociles dans leurs souliers. Et pourtant … ils en avaient fait du chemin ses sacrés pieds ! Toujours à pied d’œuvre, ses pieds l’avaient porté sans se plaindre. Ses pieds, séquestrés, confinés, serrés dans des chaussures trop fermées et parfois trop justes… ses pieds prêts à sécher sur pied s’étaient tus ! Comme ils avaient dû souffrir ses pauvres pieds quand il les chaussait en forçant, sans chausse-pied ! ou quand il retirait sans les délacer ses chaussures forçant ses pieds à d’horribles contorsions! Il n’avait jamais pensé un seul instant que ses pieds pouvaient en avoir assez ; que ses pieds pouvaient le trouver casse- pieds! Ses pieds auraient pourtant bien apprécié même s’il y en eut, d’avantages de réconfortants bains de pieds, mais non !… rien!

Déjà jeune garçon, avec sa turbulente troupe de louveteaux puis plus tard de scouts, il avait mis ses pieds au pas. Il chantait à tue-tête sur les routes empierrées cette chanson sans queue ni tête : « Un kilomètre à pieeeeds ça uuuzEu ça uuuzEu ! un kilomètre à pieeeeds ça uuuzEu les souliers… Deux kilomètres à pieeeds, ça uuuzEu ça uuuzEu ! deux kilomètres à pieeeds, ça uuuzEu les souliers …. Trois kilomètres…». Sûr ! ça use les souliers ! mais les pieds hein !… Et lorsque enfant coléreux il tapait du pied, ses pieds souffraient en silence. Et puis ses pieds avaient grandi avec lui ; et quand des chaussures trop justes le faisaient souffrir, il disait haut et fort : « ma parole ces pieds sont mal foutus ou quoi!
Certes il n’avait jamais demandé leur avis à ses pieds et en avait fait qu’à sa tête.
Il avait marché pieds-nus sur des cailloux. Il avait marché pieds-nus sur des oursins. Et quand adolescent il nageait, son moniteur depuis le bord de la piscine hurlait: «mais bats les pieds ! bats régulièrement les pieds ! Quel pied ce gosse !». Il avait fait de la course à pieds et sur les pistes cendrées des stades ses pieds tricotaient avec vélocité : ils s’éloignaient l’un de l’autre, se rapprochaient puis se croisaient et ainsi de suite avec une précision micrométrique de pied à coulisse. Il avait aussi couru le cross country : ses pieds bondissaient ; ses pieds franchissaient haut le pied les obstacles …. Il avait fait du vélo et là encore, ses pieds maintenus bien serrés dans des cale-pieds avaient pédalé en faisant des cercles parfaits.
Ses pieds avaient dansé sur les musiques de : Harry James, Benny Goodmann, Glenn Miller, Kid Ory, Pérez Prado …. sans aucune gratitude ni remerciement. Et pourtant ça n’était pas toujours facile ! Combien de cavalières inexpérimentées avaient piétiné ses pieds sans même s’excuser!
Ses pieds en avaient vu aussi de toutes les couleurs.
De minuscules chaussons bleu pâle avaient dès sa naissance enveloppé ses deux petits pieds roses. Puis il fit ses premiers pas… marcha… trotta, ses deux petits pieds bien tenus dans des petits souliers de cuir blanc. Quand vint l’âge de la maternelle, moins roses et plus grands, ses pieds furent chaussés de souliers montants marrons. Ce fut pour ses pieds encore petits le début de leurs tourments. …
En été, dès les premiers bains de mer, ses pieds encagoulés tout l’hiver dans de confortables chaussettes, passaient du blancs laiteux au roses puis au rouge vif pour enfin prendre une teinte de pain brûlé. Sur la plage à l’heure où le soleil dévore les ombres, les plantes de ses pieds supportaient en silence la brûlure du sable incandescent obligeant ses pieds à se dandiner d’un pied sur l’autre. Mais durant les étés ses pieds retrouvaient quand même un peu de bien-être grâce aux espadrilles de corde blanchies au blanc d’Espagne qu’il appliquait avec soin au moyen d’une vieille brosse à dents. Assez vite d’ailleurs, les espadrilles se déformaient en prenant les formes des pieds pour devenir des savates encore plus confortables pour ses pieds. A la rentrée ses pieds réintégraient leurs chaussettes et redevenaient blancs. Puis le froid de l’hiver teintait ses pieds de bleu tendre et quand de froid était plus vif, ses pieds viraient au mauve et parfois au violet ; bref, le même cycle se répétait immuablement chaque année, jusqu’à ce que ses pieds deviennent d’un noirs indélébile en toutes saisons sans qu’il ne sût jamais pourquoi.

Puis il y eut les autres hivers. Pas ceux d’en face hein !… non! mais les autres !…ceux d’ici ! Surtout celui juste après qu’il ait prit pieds ici une valise à ses pieds! Les pieds gelés, il avait marché comme un androïde dans la neige. Ses pieds recroquevillés, tourmentés l’imploraient mais lui n’entendait plus. Ses pieds ce jour là avaient en vertu d’une loi physique cédé au froid plusieurs dixièmes de pouce.

Bref, ses pieds avaient fini par s’habituer à cet égoïsme, à ce mépris insolent, et se taisaient quand ils entendaient dire de lui : « il est bête comme ses pieds ! » ou encore « quels panards il a celui-là ! ma parole c’est des péniches ! » et puis aussi…« il pue des pieds ! » ou bien « quel pied ce type ! » et « c’est pas des pieds… c’est des arpions ! », et pire encore « tiens ! v’là encore l’Pieds-Noirs ! » Ses pieds n’avaient jamais voulu prendre ces offenses au pied de la lettre mais tout de même…. Abhorrés, insultés parce qu’ils étaient noirs, ses pieds s’étaient toujours tus à l’abri des souliers sans oser mettre le nez dehors… rougissant d’être noirs !

La douleur au pied lui rappela une foulure qu’il avait contractée encore enfant, en glissant sur un rocher moussu, et réveilla un tas de souvenirs qu’il croyait enfouis : Il entendait tout à coup le bouillonnement des vagues roulant les galets et le sable des petites plages encaissées qui se succédaient en chapelet au pied d’Alger, et d’où se dégageaient des odeurs fortes, entêtantes… d’iode et d’algues séchant au soleil. Il revoyait les modestes cabanons accrochés, presque suspendus aux petites parois rocheuses au pieds desquelles des pastéras retournées, le « ventre » à l’air, attendaient leurs pêcheurs du dimanche. Il entendait aussi les rires de ses copains qui, à peine dépouillés de leur vêtements « tapaient un sprint » de quelques mètres vers la mer et terminaient leur course par une retentissante « pancha » dans 3 à 4 empans d’eau ! Il entendait les chants incomparables des chardonnerets croisant ceux des serins quand en été avec ses copains ils attendaient tapis tels des Comanches ou peut-être déjà des Pieds-Noirs (allez savoir !) dans les champs envahis de chardons cruels, qu’un oiseau se pose sur la tige enduite de glue ou se prenne dans la cage basculante (cage à trappe) : ce piège perfide depuis lequel un oiseau excellent siffleur, lui-même prisonnier et traître involontaire, attirait par ses ritournelles ses congénères curieux qui tombaient dans le panneau. Il revoyait aussi cette sombre journée de juin …

Comme il était loin maintenant ce mois de juin 1962! Sa jeunesse avait passé sans qu’il ne s’en rende vraiment compte !
L’heure avance à grands pas et l’obscurité grignote le crépuscule. Les lumières des lampadaires inoffensifs s’allument. Assis sur son banc l’homme attend que la douleur disparaisse. Il sait qu’il aura bientôt un pied dans la tombe… qu’il lui faudra un jour ou l’autre lever le pied… et alors, finis les cors au pieds et les maux de pieds et les coups de pieds… Il sait que pour le mystérieux voyage il n’est pas besoin d’avoir de pieds ni de mettre un pied devant l’autre… que les croque-mort l’emporteront les pieds devant… Lui, aimerait bien partir sur la pointe des pieds, un jour d’été adossé contre le pied chaulé d’un figuier, soûlé par le craquètement ininterrompu des cigales! Là il prendrait vraiment son pied. Mais… il a encore le temps allez !…

Sa douleur au pied est maintenant presque disparue et il est temps pour lui de rentrer car sa femme doit s’inquiéter ; il ne veut pas l’inquiéter ; il ne faut pas la faire attendre. L’homme se soulève de son banc et reprend à pas lents le chemin de chez lui. Il croise des dizaines de pieds sur le trottoir : des pieds pressés et agités, des pieds courant, des pieds rentrant, des pieds cagneux, d’autres écartés, des pieds plats, des pieds cambrés, des pieds difformes, pas de pieds fourchus….mais une question trouble son esprit… une question à laquelle il n’avait encore jamais pensé : certes ses pieds sont noirs… ça il le sait ! on le lui a tellement dit ! mais quelle forme ont ses pieds ?… ses pieds sont-ils grecs, égyptiens ou carrés ?

Dans leur appartement sa femme guette son retour. Anxieuse, elle va… elle vient… à petits pas hâtés. Mon Dieu que les minutes sont longues !… En tournant dans la serrure, la clé chasse son angoisse et son cœur s’emplit de bonheur ; son cher mari est enfin de retour ! Afin qu’il ne lise dans son regard à peine fané combien l’attente l’a torturée, elle se dirige comme si de rien n’était vers la cuisine en traînant légèrement ses petits pieds autrefois si bronzés….si légers ! Sur la cuisinière mitonne à feu réduit le dîner : une fricassée de pieds bleus et de pieds violets, et des pieds paquets.

J’espère que cette longue marche à pieds ne vous aura pas trop cassé les pieds !

Jacky
  • 46. Jacky | 08/08/2008

Juliette tu parle vrai , nous ne pouvons construire sur des ruine , nous devons renforcer la naissance de nos racine ,il ne sert a rien d'avancer en " oubliant"; une partie de notre vie;et je l'ai dit quelques par lorsque nous arrivons au crepuscule de notre temps sur terre nous avons tandance a nous rapprocher de nos racines; méme si je suis persuadé qu'il faille avancer dans la vie ; celui qui n'avance pas recule bisess a tous

juliette
  • 47. juliette | 04/08/2008

A Gérard : quelle chance d'avoir pu te "récupérer" comme çà! Je suis toujours meurtrie et nostalgique. C'est vrai que tu étais plus jeune et que tu avais vraiment envie de vivre une vie normale comme tous les jeunes. Tant mieux c'est bien ainsi. Est-ce que d'autres pourront nous en dire autant? Certains me disent il ne faut pas regarder derrière mais avancer. Je le sais mais il faut pouvoir le faire. Peut-être que c'est vrai la vie n'aurait pas été mieux là-bas avec toutes ces années derrière nous, mais dans ma pauvre tête d'entétée je crois que OUI. Amitiés à tous et bonne route!!

Gérard
  • 48. Gérard | 02/08/2008

Bonjour,
Comme promis,Juliette,j'arrive enfin pour vous raconter mon exode d'Algérie:
C'était le 29 Septembre 1962.J'étais seul avec mon père.Pour des raisons de sécurité,ma mère et mon jeune frère Yves étaient en attente dans une colonie à Berck dans le Pas de calais depuis plusieurs mois.Mon frère André était encore à la frontière Tunisienne puisque militaire.Mon frère ainé,Jean-Pierre,muet et infirme,avait été tranféré de Douera à Armentières dans le Nord.
Nous avons connu l'indépendance de l'Algérie.Vraiment! Ce peuple en joie qui agitait les drapeaux qui n'étaient plus bleu blanc rouge...
On n'avait pas pu partir plus tôt.Mon père gardait le chai pour les vins Quint sur le port en attendant d'être muté aux Ets Nicolas à Charenton(comme manoeuvre...)et moi,une grande banque nationale pour le commerce et l'industrie avait refusé ma mutation et j'avais dû rédiger une lettre de démission.
Ce 29 Septembre 1962 j'ai donc vu Alger la blanche et verte s'éloigner doucement.Tout le monde sur le pont du navire,presque au garde à vous.Comme pour rendre un dernier hommage à cette ville et à nos morts.Quelques femmes agitaient un mouchoir qui n'allait pas rester sec très longtemps.On entendait des pleurs,des cris et des jurons aussi..
Nous avons regardé jusqu'à ce que l'horizon ne dessine plus qu'une simple ligne.
Je n'ai pas poussé de cri,je ne crois pas que j'ai pleuré.J'ai tiré un trait.
Arrivés à Marseille,nous avons passé une nuit chez un ami de mon père avant de prendre le train pour Paris.Les Ets Nicolas nous avaient loué le bas d'un pavillon de fonction au métro "Liberté" près de Charenton,en attendant que notre demande d'HLM soit acceptée.Ma mère et mon jeune frère nous ont rejoint quelques jours plus tard.Et j'ai commencé à vivre!!!
Je sais que ça va choquer quelques uns d'entre vous,mais mes 2 plus belles années c'est entre Octobre 1962 et Mars 1964.Je vais vous expliquer pourquoi:j'ai vécu 2 années dans ce pavillon.Nous avons formé un petit groupe de guitare avec mon cousin Pierre de Kouba et mon ami Jacques à la batterie (oui,celui qui vous écrit aussi sur le site de Jacky ).Et on jouait inlassablement les morceaux des Shadows.On avait même quelques fans.Et je sortais enfin!!!J'ai vu la pièce"la purée de nous autres"plusieurs fois.(Jacques l'a vu 9 fois je crois).Quand on ratait le dernier métro,on rentrait à pieds des champs Elysées ou de Pigalle jusqu'à Charenton.Plus de 10 kms dans le froid mais on s'en foutait,on n'avait plus besoin de regarder qui nous suivait.On n'avait plus besoin de changer de trottoir au cas où.On n'avait plus peur,tout simplement.On était libres.On était vraiment au pays du droit de l'homme..et pour ma part au droit divin( je vous rappelle que mon père travaillait aux Ets Nicolas..)Je t'expliquerai Juliette...
Quand il était trop tard pour rentrer à Nogent Jacques s'arrêtait chez moi et on allait dans la buanderie au sous - sol pour ne pas réveiller mes parents.Et on discutait encore,jusqu'à l'heure où mes parents nous préparaient le café et les tartines.C'est aussi pendant cette période que j'ai connu les boites,les dancings,moi qui n'avais jamais été invité dans une surprise party.
Et puis vint Mars 1964,le début de mon incorporation à la caserne Varenne à Epinal où j'ai retrouvé Chetrit et Smirou de la Régie.
Mais 16 mois dans l'armée ça casse le moral,surtout qu'entre temps mes parents avaient déménagés à Montreuil dans un HLM.
je ne me suis jamais trop posé de questions.C'était mieux là-bas? C'est mieux içi? C'est bien partout si on a le moral.Qu'il pleuve,qu'il vente,qu'il fasse froid ou chaud c'est pareil.
J'ai des souvenirs d'Algérie(surtout de pêche et de braconnage)mais aussi de toutes ces merveilleuses régions de France.
Cela dit,je n'oublierai jamais l'Algérie.C'est mon pays.J'y suis né et cela personne ne pourra me l'enlever.
J'ai peut-être été un peu long mais ça ne fait pas beaucoup plus qu'une ligne par année environ...
Amitiés à tous.

professeur
  • 49. professeur | 01/08/2008

Retrouvailles avec un poète disparu.
Daniel SERS passe son enfance au Maroc avant de vivre en Algérie jusqu'à l'exode.Lauréat des "Jeux Floraux à Toulouse" en 1997 et en 2004, il obtiendra avec son recueil<<Là-Bas>> la distinction <<Livre Algérianiste>> en 2000.
Extrait Août 1962

Pour la dernière fois,c'était un jour d'été,
J'ai laissé mon regard errer sur ton rivage
Et les gradins jaillis de ton immensité.
Pour la dernière fois, j'ai mis sur mon visage

Le poids de ton parfum, l'éclat de ton ardeur,
Et la peine et la joie et l'amour et la haine,
En moi se mélangeaient à l'acide saveur
Des embruns de la mer et des pins de la plaine.

Pour la dernière fois, c'était un jour d'été,
J'ai regardé mourir en quittant le mouillage,
Les reflets d'un décor à jamais regretté,
...
extrait de "Là-Bas" de Daniel SERS Editions PSR à
La Roche-Rigault 86200 LOUDUN

juliette
  • 50. juliette | 22/07/2008

bonjour Gérard.Et oui j'ai atterri à Vergèze et la Source Perrier me rappelle que je me suis assise sur sa cloture pour pleurer avec mon petit garçon dans les bras et ma fille à mes basques, il était midi, je venais de descendre du train et je cherchais une ferme où je devais rencontré un monsieur qui s'était occupé de me trouver un petit meublé, il faisait chaud pourtant on m'avait dit qu'en juin en France ce n'était pas la chaleur qui nous tuerait. Je suis arrivée dans une ferme qui n'était pas la bonne, mais chez Trintignan le coureur automobile qui nous a quand même donné un verre d'eau, et je suis repartie à la recherche de "ma ferme". Je ne suis restée que 5 mois à Vergèze car ma belle mère est décédée dans les Bouches du Rhône et il a fallu que j'aille m'occuper de mon beau père âgé de 76 ans.Je me suis retrouvée à la Bouilladisse dans une maison sans commodité, pas de salle de bains pas de toilettes, les eaux de la cuisine qui couraient le long du trottoir.une seule chambre pour 5, puisque j'avais mon jeune frère avec moi. C'est loin tout cela et pourtant si présent dans nos mémoires.Je suis d'un tempérament très nerveux mais j'attendrai comme tu me le conseilles. Merci et bisous à tous.

Gérard
  • 51. Gérard | 22/07/2008

Bonjour,
T'inquiètes pas Juliette ça arrive doucement.Pour l'instant comme dirait le Professeur les petits enfants accaparent l'ordi pendant les vacances scolaires mais .. on a le temps.
Ce que je peux déjà dire par rapport à ton parcours c'est que tu as débarqué à Vergèze et que tu devais te sentir mieux car c'est un très beau village,avec un maire,m. Ballana et l'usine Perrier qui font beaucoup pour la beauté et la propreté du site.Les fêtes votives commencent d'ailleurs demain et se terminent Dimanche.Les taureaux et les chevaux vont descendrent les ruelles et la bière va descendre dans les gosiers.
Amitiés

juliette
  • 52. juliette | 21/07/2008

Ohé! nous n'avons été que cinq à arriver en Métropole? où sont allés les autres? ils sont peut être arrivés dans des palaces? alors ils n'en parlent pas. Ce qui m'étonnerai.

professeur
  • 53. professeur | 16/07/2008

Où habiter, où dormir? Dans un hôtel bon marché, une fois chez l'un,une fois chez l'autre et à nouveau, le soir venu où se coucher?
Un beau matin, dans le "9.3" comme ils disent maintenant, en traînant dans le marché nous nous sommes retrouvés nez à nez avec Madame Dorelon, l'institutrice de l'école de filles du Stade Municipal.Quel bonheur de reconnaître la mère de nos copains!
<<où habitez-vous?nous demanda-t-elle.
-Tantôt ici,tantôt là!>>
Aussitôt, elle nous proposa de nous héberger en l'absence de son plus jeune fils,Jean-Maurice qui ne rentrait chez lui que pendant le week-end.
Notre séjour s'est prolongé durant un bon mois avant de toucher notre premier paye et de louer une chambre de bonne.
Nous allions ensuite prendre régulièrement de ses nouvelles et,comble du hasard,deux ans plus tard, j'avais la surprise d'être nommé en remplacement de Charley,le second fils de Madame Dorelon. Guy, l'aîné poursuivait sa carrière aux Comores.

Jacky
  • 54. Jacky | 15/07/2008

Au delà de ces quelques témoignages certes poignants , et dont nous remercions les auteurs ; il ne faut pas oublié que pour la plupart des rapatriés,il y a eu beaucoup de drames et nous en avons entendu quelques anecdotes ça et la ; pour nous qui sommes « exilés » jeune, la nouvelle vie était beaucoup plus facile que pour ceux qui avait déjà fait leur vie outre méditerranée ; et qui ont connu outres les affres de l’accueil , le recommencement d’une nouvelle vie ,que ce soit professionnelle, amicale, familiales, ou environnementale d’ailleurs il a été rapporté des témoignages de personnes traumatisé qui se sont suicider en se jetant du bateau qui débarquait , et pour beaucoup de rapatriés ils ne savaient ou aller ou habiter ni même ou dormir si nous devons donner une information aux nouvelles générations il me semble que nous devons en parler , même si nous avons la fausse pudeur de nous taire pour la plupart de notre communauté ; les rapatriées sont des victimes, et ne sont pas les artisans de ces déchirures, qui sont le faite des politiques racistes et xénophobes de chaque bords.

JACQUES JACHETTA
  • 55. JACQUES JACHETTA | 14/07/2008

Bon, allons-y aussi.

Moi, j'ai eu la chance de travailler à l'époque à AIR ALGERIE à l'aéroport de Maison Blanche avec mon copain du Ruisseau aussi Roger JIMENEZ (décédé en 1997 à 52 ans).
Nous avions été contraints de partir "vite fait" d'un jour à l'autre. Et c'est ainsi que le mercredi 27 juin 62, le soir, au retour du boulot, nous avons fait le tour de tous les bistrots du Ruisseau (Juan - Riquette - Les Arcades - Lacombe, etc..) et on est rentrés chez nous tous les deux bourrés à mort. Je sais pas combien d'anisettes on avait du s'envoyer, mais ça devait être énorme. Je me rappelle avoir monté les escalier chez moi à quatre pattes.
Mais on a quand même pu se lever le lendemain matin, jeudi 28 juin, pour prendre l'avion (un DC4) qui nous a emmené à Lyon-Bron 4 heures plus tard, en début d'après-midi.
Pourquoi Lyon ? Et bien tout simplement parce que la frangine de Roger s'était mariée quelques années auparavant avec un militaire Lyonnais et qu'elle était rentrée en France dans cette région.
Et comme je n'avais aucun endroit où aller à cette époque, et bien, il m'avait proposé de rentrer avec lui, chez sa soeur à Lyon sans même lui avoir demandé l'autorisation. C'était beau la solidarité dans ces temps-là !.
Et c'est comme ça que je suis resté chez quelqu'un que je ne connaissais pas pendant près de 3 mois, jusqu'au rapatriement de ma mère début septembre dans la banlieue parisienne.
Inutile de raconter la détresse du moment - sans argent ou presque, sans travail, un accueil plutôt frais dirais-je -. Mais malgré tout, il a fallu se battre jour après jour, et ce n'était pas toujours facile. Mais on y est quand même arrivé.
On a fait une carrière plus ou moins intéressante, et maintenant nous voilà à la retraite, avec ce merveilleux instrument qu'est Internet qui nous permet de nous parler comme on n'aurait jamais pu le faire autrement.
Voilà, je m'arrête sinon je vais pas tarder à chialer.

professeur
  • 56. professeur | 12/07/2008

Dispersés aux six coins de la France, nous nous sommes tous évertués à retrouver des membres de notre famille ou des amis.Nous nous précipitions vers les rassemblements de Pieds-Noirs où nous rencontrions inévitablement une connaissance qui savait où se trouvait tel ou tel enfant du quartier.
Toutefois, les hasards de la vie nous faisaient tomber inopinément sur un copain ou une copine.C'est ce qui m'est arrivé quelques fois dans une ville comme Paris.
Ce jour là,dans une rame de métro, j'ai revu José et son épouse qui avaient habité rue Hélène Boucher.Quelle fut notre joie!Le petit frère de Francis était d'autant plus heureux de me revoir qu'il sortait tout juste d'une longue et pénible épreuve. Il m'invita à descendre à la station suivante pour aller boire un coup,à l'heure de l'apéritif.Je refusais poliment l'invitation, sachant que je n'avais pas un"radis" sur moi.Il insista fortement me disant généreusement que ce n'était pas un problème.
Nous voilà donc place de l'Opéra et le premier établissement qui se présenta à nous était au boulevard des Capucines "Le Grand Café" vers lequel m'entraînait le couple. La grande réputation de cette brasserie à la terrasse imposante m'amena à leur proposer d'aller dans un petit bistrot d'une rue voisine.Dans l'euphorie des retrouvailles, ils ne voulurent rien entendre et nous nous installâmes sur cette belle terrasse. Ils commandèrent un Martini et prudent,je demandais un café.Nous devisions allègrement et nous n'avions guère fait attention à l'arrivée du garçon classique qui avait servi les deux apéritifs.Par contre, quelle fut notre stupeur de voir arriver le "qahwayji"avec sa cafetière turque et en uniforme de style zouave.Il était coiffé d'un fez rouge au gland noir et il était habillé d'une veste courte ajustée sans boutons, surmontée d'un gilet vert sans manches,une large ceinture de tissu enroulée autour de la taille lui tenait ses culottes bouffantes rouges, à la turque, liées au jarret par un cordonnet en coton noir tranchant sur les bas blancs.Le grand jeu,quoi!
Le temps passait agréablement et l'heure de l'addition arriva:Sept francs des années "soixante" le petit noir! Je l'avais quelque peu amer!Il
semblerait que nous nous en soyons remis, au soleil de Provence. Anne- Marie, José si vous me lisez, je vous embrasse très fraternellement.

FONTEZ Jean Michel
  • 57. FONTEZ Jean Michel | 07/07/2008

Bonsoir, tu vois Jacky, il ne faut jamais désespérer. Ma soeur Marcelle et moi, sommes partis le 12 juin 1962 par avion de Maison Blanche. Dans la Cité des Dunes, il y avait un campement militaire en face de notre batiment et qui recommandait aux familles qui avaient de la famille en France de faire partir les adolescents de 16 ans et plus. Nous sommes arrivs à MARSEILLE, ma soeur a été accueilli par Mr et Mme SALVA, ceux là même qui détenaient l'épicerie en face de Don-Bosco et qui avaient un Hotel a PAS-DES-LANCIERS à coté de MARIGNANNE. Moi j'ai été recueilli par une tante, soeur de ma pauvre mère et j'ai habité 11 rue des Mauvestis dans le 2eme Arrdt.(le célèbre quartier du Panier). Tous les jours, j'allait Place de La Bourse, juste au desuus du Vieux Port, ou tous les pieds-noirs se retrouvaient et essayer de revoir, qui de la famille, qui des amis. Pour ma part, j'ai retrouvé Monique COLOMBIER dans le début du mois de Juillet.
Nous étions biensur sans aucuna nouvelle de nos parents, qui sont rentrés eux en octobre, mon père travaillait au chemins de fer et avait pris sur lui de rentrer sans attendre une une mutation. Nous nous sommes installés à PERIGUEUX en octobre 1962.
Logement pourri, w.c sur le palier, conduite d'eau gelée, car cette hiver 62/63 m'a fait connaitre les températures glaciales. Je pense que ces souvenirs resteront gravés à jamais dans ma tête. Profiter de la détresse des gens pour se faire du blé!
Non Juliette tu as raison, nous ne nous complaisons pas dans nos souvenirs, mais oublié son pays natal, les nombreuses années de bonheur mais aussi de malheur ne peuvent pas s'effacer. Nous avons également un droit de mémoire pour celles et ceux qui l'auraient "courtes.
Amitiés .

professeur
  • 58. professeur | 07/07/2008

Quels témoignages! Super"Grand'Mamy"aura l'occasion de raconter son histoire au petit Kyllian.

Jacky
  • 59. Jacky | 07/07/2008

Super Juliette; tu est incomparable merci et bisessssss

juliette
  • 60. juliette | 07/07/2008

Allez Jacky ne t'énerve pas, ce n'est pas bon pour la santé. Je sors de la piscine et vu ton désespoir je vais vous raconter mon arrivée en métropole. Allez je me jette : 25 ans, une petite fille de 3 ans et 8 mois, et gros poupon de 8 mois, une valise en bois et l'autre un peu plus belle, on m'a "jetée" dans un avion du service des Bases de Maison Blanche où mon mari travaillait et où nous habitions. Toutes les femmes et enfants du service se sont envolés ce mercredi 20 juin 1962 au matin. J'ai essayé de résister mais il m'a fallu faire comme les autres et ce sont des femmes en pleurs et des enfants qui n'y comprenaient rien qui ont quitté notre beau pays. Nos maris sont restés pour essayer de rapatrier le matériel militaire. Arrivée à Marseille: certains ont été reçus par les protestants qui nous ont nourris, qui ont permis que nous changions nos bébés et nous ont accompagnés à la gare Saint Charles "je voyageais avec la femme de ménage du patron de mon mari, le capitaine de la Base". La nièce de cette dame m'avait retenu une chambre d'hôtel à Cavaillon. Cavaillon? mais c'est où çà? J'y suis reçue par une "bonne femme" qui me dit aussitôt "si vous ne leur aviez pas donné des coups de pieds dans le c... vous ne seriez pas là" aïe malheur que m'arrive t-il? Même pas un verre d'eau à ma petite fille. Nous nous sommes couchés tous les trois dans un lit d'une place car ma fille ne voulait pas dormir seule et appelait son père en pleurant. Bébé lui ne savait que "têter" sa Maman et dormir. Je ne peux vous donner tous les détails de ce que j'ai passé. Une jeune femme est venue m'avertir, car son mari l'en avait priée, que je me trouvais dans un hôtel de passes. De passes? et oui c'est pour çà que la "bonne femme" m'avait demandé de ne pas rester la journée dans la chambre. Je restais donc dans la rue mon bébé dans les bras et ma fille accrochée à mes basques. Je pleurais c'est tout ce que je savais faire. Un Monsieur qui a été touché par ma détresse a sorti d'une écurie une couverture à carreaux en me disant "ne gardez pas cet enfant dans les bras toute la journée, asseyez le sur cette couverture. Alors tableau : Marc assis sur la couverture parterre, Domi et moi assises sur un banc pleurant toutes les larmes de nos corps. Et bla.bla et bla.bla... j'ai pu enfin partir pour Vergèze dans un petit meublé pour pouvoir préparer des repas. Nous n'en prenions qu'un à Cavaillon, le restaurant revenait trop cher. Si je vous racontait tout il me faudrait des heures alors j'en passe. Mon mari n'est rentré que 8 mois plus tard. Heureusement mon frère le plus jeune qui n'avait pas encore 19ans est resté avec moi. Quand j'y repense il me semble que c'est une histoire que j'ai lue et que je n'ai pas pu vivre tout çà. Voyez vous mes amis aujourd'hui à 71 ans je peux dire que je m'en suis bien tirée mais jamais jamais je n'oublirai et mon coeur et mon âme sont toujours "là bas chez nous" Certains me disent que je me complais dans ces souvenirs, NON ce n'est pas vrai, mais arrachez un enfant à sa mère il ne l'oubliera jamais. Allez courage ma vieille tu as tenu jusque là, fais encore un petit effort pour les années qui te restent à vivre, revois tes "pays" le plus souvent possible, parle avec eux et tout ira bien. AMEN!! j'espère que je ne vous ai pas trop soulés.

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