Exode ou rapatriement ?

                                   Exode ou rapatriement...?

 

 

   Je m’engage sur le port d’ALGER, je ne connaissais pas trop ce lieu et pourtant  il fallait que je me sauve comme la plupart des personnes qui étaient là …des milliers et       des  milliers à attendre avec des amoncellements de sacs, de bagages de toutes sortes, des enfants, des hommes, des femmes de tous âges dans un brouhaha et qui attendaient de monter sur le bateau, qui était à quai

 Ma mère avait réussi à me faire avoir un fascicule de sortie du territoire : Elle s’était arrangée avec le Commissaire de police .Normalement il m’aurait fallu la signature de mon père ; mais, lui n'était plus la .

 Sur le port je rencontrais Michel GRIMALT, un ami et voisin de la Régie et qui comme moi voulait quitter ce pays ; mais, lui connaissait ce port comme sa poche, vu qu’il travaillait ici, il y avait aussi sa grande sœur qui partait également. Comme ça avec lui j’ai pu me frayer un chemin et réussir à monter dans le bateau ( le ville de Marseille ) si je me souviens bien. C’était le 22 ou 23 Juin 62.

 La veille je m’étais décidé car il y avait des gens des nouvelles Autorités du pays qui voulaient à toute force me faire faire un voyage sans retour, et je crois que je dois la vie à un Algerien  du quartier … ( la pire des choses qui puisse arriver ; c’est un enlèvement .. ! Rien de plus terrible pour la victime et surtout pour les proches qui, des dizaines d’années plus tard ne savent toujours rien ; donc j’embarque ! Le billet n’était pas très cher et je ne sais même pas si j’ai du le payer ; j’avais acheté avant de partir une valise en bois (  il ne restait plus que ça ), je l’ai payée 150 Frs ou 15000 centimes de l’époque. Elle était assez  lourde mais j’avais 17 ans et à cet âge on est en pleine force.

 Ma mère avait mis dedans deux slips, deux tricots de peau, un pantalon ( noir pattes d’éléphant ) ,un  gilet, et à l’intérieur  il y avait aussi trois baguettes de pain.

 Me voila dans un bateau surpeuplé .Je me souviens surtout du boucan que cela peut faire quand des milliers de personnes qui parlent, gémissent, crient, s’interpellent,

 Quand le bateau quitte le port d’Alger et longe les quais, jusqu’à ce que l’on ne distingue plus notre ville blanche ce qui m’a le pus frappé c’est le silence ! Un silence assourdissant, inouï, entrecoupé seulement de quelques sanglots.

 Les plus chanceux avaient des chaises longues. Avec Michel et quelques copains et copines on s’amusait à courir d’un pont à l’autre, visiter les entraves et papoter de choses et d’autres.

 Je n’ai pas dormi ce soir là, ni la veille non plus d’ailleurs ; en fin d’après midi on débarque à Marseille.

 Quelques mots de bienvenue  comme ( les pied-noirs à la mer ) étaient tagués sur les murs du port et je comprends maintenant, que les métropolitains,  vu ce qui s’était passé en 1944 où il y avait eu 160 .000 pieds -noirs représentant 16% de la population européenne d’Afrique ( la plupart d’origine européenne non française ) armé jusqu’aux dents qui étaient venus avec ferveur, traquer les nazis, accompagnés de 180.000 arabo- berbèro- africains représentant un peu moins de 1% de leur population et 300.000 américano-canadiens…Ils avaient peur que l'on ne leur tirent dessus avec nos valises .Mais comme toujour ils étaient mal informé par des medias hyper politisés. 

 Ce qui m’a le plus marqué en arrivant en métropole ce sont les C.R.S. qui nous attendaient armés comme il se doit. Je me souviens surtout qu’à l’époque je croyais qu’ils allaient tous nous tuer ; ce qui peut se passer parfois dans la tête d’un enfant de 17 ans ! C’est vrai qu’a l’époque à Alger, les gendarmes nous tiraient dessus à la 12-7 si on s’approchait trop prés de la fenêtre. J’ai su par la suite que certains gendarmes et surtout les barbouzes ramassaient les jeunes pieds-noirs et les livraient aux tortionnaires locaux.

 On débarque donc à MARSEILLE, cette ville d’ordinaire si accueillante et cosmopolite où d’ailleurs quelques bénévoles  de la Croix rouge, nous ont accueillis;  mais trop peu nombreux malgré tout.

 Je me souviens aussi  avoir donné à une femme qui s’était sauvée sans rien emporter d’autre  que son bébé et sa vie, de l’argent pour qu’elle puisse acheter du lait à son bébé ; le prix d’un tube de lait NESTLE qui coûtait à l’époque 152 centimes.

 Avec Michel, qui allait  sur Paris, et moi sur  Toulouse où mes parents originaires du lieu avait de la famille, j’avait un oncle, demi frère de mon père, qui était maire d’un petit village de Haute Garonne ; Montgaillard , un brave homme âgé qui vivait dans une ferme  très pauvrement avec son épouse . De très braves gens qui avaient perdu leurs fils unique et depuis attendaient de le rejoindre dans un entier dénuement.

 A la gare de Marseille, la Croix -rouge me fournit un billet de train pour Toulouse et en attendant le départ on s’est promené dans Marseille .Je suis arrivé à Toulouse dans la soirée et je me rappelais que, quand j’étais jeune, on avait l’habitude, avec mes parents de loger à l’hôtel du Commerce. Donc, après avoir vu les horaires du car pour Montgaillard, j’ai pris une chambre 10 Frs; c’est drôle que les prix me restent en mémoire surtout que j’avais pour l’époque une belle somme 300 Frs ou 30.000 centimes A l’hôtel, je demandais de me faire réveiller à 6 heures.

 Le car partait à 7 heures, il me restait quelques heures pour dormir ( environ 5 ou 6 h mais, si je ne dormais pas beaucoup ; une chose de sure , c’est que je n’avais pas mangé depuis mon départ d’Algérie et je n’en éprouvait pas le besoin ; les 3 baguettes étaient toujours dans la valise.

 Le lendemain,je pris le car pour Montgaillard le chauffeur me laissant à une bifurcation il me fallait faire environ 4 à 5 kilomètres ;éventuellement le car repasserait par là dans quelques heures.

 Je m’enfonçais dans ce chemin qui montait vers le village avec ma valise en bois, la plupart du temps sur la tête.

 Lorsque je pénétrais dans le village je demandais après mon oncle ; vu qu’il était Maire c’était facile mais personne ne le connaissait (je sus après que je m’étais trompé de village, et qu’il fallait aller à Montgaillard sur Save, et ce n’était pas là) donc je repris le sentier et j’attendis le car sur son chemin de  retour.

  Ensuite, je suis retourné à Toulouse et, quoi faire ? Heureusement j’avais l’adresse de mon ami  Vincent FERRANDO, qui habitait depuis quelques mois à Grenoble.

 Donc je repris le train pour Grenoble où, j’ai été accueilli chaleureusement  par la famille de Vincent.

 Je me souvient avoir mangé et ensuite dormi presque 48 heures.

 Quelques semaines plus tard, j’écrivais à ma sœur, qui était arrivée entre temps chez mon oncle, elle est venue me chercher à la gare de Toulouse c’était le 14 juillet 62.

Ensuite de quoi les choses sérieuses commençaient,et cela sera une autre histoire , il faudra se battre et travailler pour se faire une place dans cette jungle de KIPLING.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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